Plus qu’une règle de bienséance, plus qu’une attitude à adopter, le commandement « tiens-toi droit (e) », loin d’être une invective, est avant tout la première leçon de savoir vivre, car la façon de se tenir trahit l’état de son rapport au monde.

S’il importe de bien conserver l’axe du corps dans les exercices de qìgōng, c’est pour affermir, stabiliser la position du corps dans l’espace. Au-delà de l’attention portée au maintient du corps, droit mais pas rigide, c’est aussi sa place dans la vie sociale qui en dépend :

« Gouverner (zhèng 政), c’est être dans la rectitude (zhèng 正) » Confucius, Entretiens XII, 17.

Afin d’entretenir sa droiture (d’esprit et de corps) à chaque instant, nous devons apprendre à « nous dresser entre Ciel et Terre ». Et pour cela, il est nécessaire avant tout d’installer son assise, de s’y enraciner pour mieux s’y appuyer. D’ailleurs, constitué des substrats tirés de la Terre, le corps, en tant que substance (體) est d’abord « Terre », il est yīn. C’est là-dessus que le corps énergétique repose totalement pour ses points d’appui, sa base. Son expression (le dressement) en dépend.

L’assise correspond donc à la base et évoque la stabilité mais, en même temps, « un mouvement » d’inertie vers le sol, un « lâcher prise » (yīn dans yīn) ; ce qui permet, par la suite :

Le dressement et l’orientation juste zhèng 正 en direction du Ciel. Le corps est alors en station debout entre Ciel et Terre. En conséquence, nous retiendrons que : TOUT POUVOIR DE DRESSEMENT DÉPEND DES POINTS D’APPUI.

SE DRESSER ENTRE CIEL ET TERRE

se tenir droit

Dans la pratique du qìgōng, on se tourne vers le Sud, ce qui oriente initialement et prioritairement le lieu du corps qui correspond au plus grand rayonnement énergétique : le milieu du thorax. Dans cette zone, centrée sur le méridien Conception (Mer des méridiens yīn), grâce à de multiples réseaux, s’effectuent de nombreuses transformations. On l’appelle Vaste Clarté  guǎng míng (廣明) : ici, sont synthétisées les forces du Cœur-Conscience xīn (心) et de l’Esprit shén (神), qui conditionnent l’existence même de l’individu.

Une autre zone, qui se trouve à l’arrière du corps, dans le bas du dos, entre les dernières lombaires, le sacrum et le coccyx est centrée sur le début du méridien Gouverneur (Mer des méridiens yáng) et enveloppe les énergies du bassin et des Reins. Elle se nomme Carrefour Suprême tài chòng (太衝) : ce lieu résume les forces des Reins qui font la réserve de Vie et la coordination de l’individu.

Pour résumer, on a donc :

  • En haut et en avant la réception du pouvoir créateur et l’orientation subtile de l’être, son dressement symbolisé par le Sud énergétique.
  • En bas et en arrière, le Principe Vital de base, les réserves, l’assise, symbolisée par le Nord énergétique.

N’oublions pas, en conclusion, que les méridiens Gouverneur (Mer des méridiens yáng) et Conception (Mer des méridiens yīn) permettent la connexion entre Principe Vital jīng (精), et le cerveau, tous deux associés aux Reins, (contredisant ainsi la conception occidentale qui sépare l’activité intellectuelle de la vie organique). Cette communication de la base au sommet (sans cesse) est notre ligne de vie. Il importe donc de bien la réguler. C’est ainsi, selon Zhuangzi, qu’on pourra « déployer jusqu’à leur terme toutes ses années ».

Maintenant, vous voilà prêts à découvrir et expérimenter l’étape suivante dans laquelle seront recherchés les bienfaits de l’immobilisme ou de la pratique statique. Ce sera l’objet d’un futur article

[Tiré de Jean-Marc EYSSALET : « La Rumeur du Dragon et l’Ordre du Tigre.»]